Conte à rebours

Ce qui va suivre, contrairement à ce que vous pourriez croire, est une histoire vraie.
La grenouille se faisait cuire au soleil.

Mais non, nous ne sommes pas en train de cuire des cuisses de grenouilles, non, je disais…..
… la grenouille, bien assise sur sa feuille de nénuphar, en plein milieu de la mare, se faisait bronzer au soleil du mois d’août.

Elle appréciait à sa juste valeur cet instant de repos bien mérité.
Car c’est bien fatiguant quand on y réfléchit, une vie de grenouille.
Toujours obligée de chercher sa nourriture, aux aguets, immobile, même quand de furieuses démangeaisons, et même des crampes, se manifestent au moment le plus inopportun.
Et pas moyen de se déplacer lentement, en prenant le temps de flâner, non, toujours sauter, sauter, sauter, quelle vie!
Et puis, cette nourriture… pouah!, dégouttant!
Des moustiques, des mouches, des moucherons, et plein d’autres insectes aussi peu ragoûtants les uns que les autres.
Tout ça c’est le régime commun des grenouilles, mais voilà, notre grenouille n’en n’était pas une.
Enfin, si, d’une certaine façon c’en était une, mais seulement en apparence.
En réalité, c’était un jeune homme.

Oui, oui, je sais, vous vous dites, elle va nous resservir l’histoire de la grenouille qui est en réalité un prince charmant, mais vous vous trompez, ça n’est pas ça, ou pour être plus juste, pas tout à fait ça.

Ce jeune homme était en réalité un vrai vaurien, un chenapan, qui n’avait pas volé son triste sort.
Un jour, il avait exaspéré tellement gravement le sorcier du pays que celui-ci, pour lui apprendre à vivre, d’un coup de zapette, l’avait transformé en grenouille!
Eh! oui!, et il ne l’avait pas volé.
Ce garçon passait son temps à faire les quatre cent coups, et s’amusait à terroriser les villageois.
Je ne vais pas entrer dans les détails de sa triste vie, et de tous ses petits ou gros méfaits, mais c’est le dernier de ceux-ci qui lui valut cette malédiction aquatique.

Il avait simplement décidé de mettre de la lessive dans l’eau de récupération du sorcier.
Dans l’absolu, pas vraiment de quoi en faire une histoire, mais imaginez tout de même la surprise de celui-ci lorsqu’il découvrit que l’eau qu’il versait sur ses légumes les transformaient en masses informes, blanches, mousseuses et peu appétissantes!

Il faut dire que le sorcier, qui savait faire beaucoup de choses, n’avait aucun pouvoir sur les légumes.
Ça n’était pas faute d’avoir essayé, mais il n’y avait rien à faire, les légumes ne réagissaient pas à ses tours de magie.
Il était donc obligé de les cultiver normalement, et il en prenait grand soin.
Aussi, le tour de cochon que venait de lui faire le mauvais sujet, ne pouvait pas le laisser insensible.

Mais pourtant, tout n’était pas si négatif dans cette histoire, parce que, quand le vent soufflait, de ravissantes bulles de savon voletaient dans le potager, et rivalisaient de légèreté avec les papillons.
Cela amusait les enfants, qui, du coup, espéraient avec impatience les jours de grand vent.

Seulement voila, ce sorcier, bien que jardinier, n’était pas poète, mais alors pas du tout.
Ces bulles de savon étaient la goutte d’eau qui avait fait débordé le vase, et avaient mis en furie le sorcier jardinier.
En découvrant ce spectacle, sans un mot, les lèvres pincées, il était rentré chez lui, en était ressorti avec sa zapette magique, l’avait braquée sur le garnement hilare, et hop, plus de jeune homme, mais une toute petite grenouille verte, éberluée et coassante, à la place.
Heureusement, la mare n’était pas loin, et une femme compatissante, avait attrapé la grenouille, et l’avait jetée dans l’eau.
Mais le jeune homme ne sachant pas nager, la grenouille avait failli se noyer.
Mauvais débuts dans sa nouvelle vie de batracien.
Heureusement, la grenouille avait vite appris à nager la brasse, mais impossible de nager le crawl, bien qu’elle eut essayé à maintes reprises.
Elle aurait bien aimé aussi faire la planche, mais rien à faire, elle ne réussissait qu’à faire des rouleaux successifs, à boire la tasse et à se donner mal au cœur.

Elle apprit aussi à attraper les insectes, c’était indispensable pour sa survie, mais elle ne s’y faisait pas.
Quand il était un garçon, il aimait bien manger, et la grenouille regrettait les bons repas de son ancienne vie à chaque bestiole infecte qu’elle devait ingurgiter.
Ah! les bon poulets que lui faisait sa mère! Avec des petites pommes de terre au four, dans le jus du poulet….. Hum!!!!
Les côtes de porc, de veau, d’agneau…. avec les haricots verts du jardin… Hum!!!
Et les gâteaux!
Les Saint Honoré, les babas au rhum, les tartes aux pommes, et les Paris Brest (ses préférés!), les glaces etc… etc…
Que de bonnes choses dont la grenouille serait privée à jamais!

Ce qui la faisait le plus rager, c’est que, lorsqu’il était un sale gosse, il adorait pêcher les grenouilles et en dévorer les cuisses après les avoir cuites à la broche.
A présent, dès que la grenouille entendait un gamin s’approcher, elle se précipitait sous l’eau pour ne pas se faire remarquer.
C’est que ça doit être terriblement douloureux de se faire pêcher, et dévorer ensuite .
Très douloureux, horrible, même!
Brrrr!, rien que d’y songer lui donnait la chair de poule… enfin, c’est une façon de parler, évidemment.
Le seul insecte qu’elle aimait vraiment manger, c’étaient les libellules.
Les agrions de préférence, ces grandes et belles libellules bleues.
Mais elle n’avait pas la chance d’en manger beaucoup parce qu’elle n’était pas très habile à la chasse.
De plus, c’était un très gros insecte pour elle, saisonnier de surcroît, et, quand elle arrivait à en attraper une, il lui était très difficile de la dévorer.
Ça lui prenait pas mal de temps, et tout autant pour la digérer.
Parce que, contrairement à ce que l’on dit: légère comme une libellule, une taille de libellule, et autres bêtises du même genre, c’est gros une libellule, surtout pour une petite grenouille.
Encore, si ses préférences avaient été vers les demoiselles, elle s’en serait mieux tirée, parce que ces joiles petites libellules, bleues ou rouges, qui ont la délicieuse habitude de former un cœur lorsqu’elles s’accouplent, sont beaucoup plus frêles, plus menues, plus délicates, et sont donc, je suis désolée de le dire, des proies plus faciles.
Mais notre grenouille n’en faisait aucun cas.
Et quand il n’y avait plus de libellules, elle devait se contenter des autres insectes, ce qui, finalement, était sa misérable réalité quotidienne.

Quel triste sort pour le fin gourmet qu’il avait été.
Elle s’ennuyait, notre grenouille.
Ses seules occupations, ses seules priorités étaient la recherche de la nourriture, et dormir.
Pas folichon pour un ancien garnement, toujours occupé, toujours virevoltant, à la recherche de la plus grosse bêtise à faire.
Pas question de faire du vélo, de regarder la télé, de courir les filles, de faire des niches à ses voisins, bref, de vivre normalement la vie d’un humain.
Pendant des jours, des mois, elle vécut sa vie de grenouille, monotone et sans espoir, .

Hors, ce jour là, pendant le bain de soleil de notre grenouille, arriva sur la berge une ravissante jeune fille.
Toute menue, blonde, les yeux comme du miel, avec une jolie robe verte, des chaussures de la même couleur et un nœud jaune dans les cheveux, elle avançait en sautillant.
Elle chantonnait aussi, jouait avec les papillons, riait, dansait, bref, elle était mignonne à croquer, et notre grenouille regretta avec encore plus d’amertume son état de batracien car elle tomba instantanément, folle amoureuse de la jeune fille.

Oui je sais, « amoureuse de la jeune fille » ça fait bizarre, mais que dire d’autre?
C’est une grenouille, comment savoir si c’est un mâle ou une femelle?
Le sorcier n’a pas dû se soucier de ce détail quand il l’a fait passer de l’état de jeune homme à celui de grenouille.
C’était le cadet de ses soucis, et il se fichait bien des problèmes que ça me poserait plus tard pour raconter cette histoire.
(Tous des égoïstes et des égocentriques ces sorciers… mais je ne dis rien de plus…. la zapette magique pourrait aussi me jouer un vilain tour).
Alors, pour plus de commodités, je vais parler de notre grenouille au masculin.

Donc, celui-ci tomba raide amoureux de la jeune fille!
Une situation particulièrement difficile à gérer, vous en conviendrez.
Que pouvait-il faire?
Comment lui déclarer sa flamme?
Avec des « Coâ coâ coâ?
Risible, grotesque, même pire: pitoyable!
Elle aurait éclaté de rire, et elle aurait eu raison.

Mais comment se faire remarquer sans risquer de finir dans une poêle, ou pire, sur une table de vivisection?
Quelle horreur, lui qui aimait tellement disséquer des grenouilles vivantes autrefois, et qui y prenait tellement de plaisir, il se voyait à son tour allongé sur la table métallique et… et…
Il ferma un instant les yeux pour chasser cette horrible image.

Quand il les rouvrit, la jeune fille n’était plus là!
Il eut l’impression que le soleil était parti et que l’eau s’était tout à coup refroidie.
il se mit à grelotter en claquant des dents (?) et, au désespoir, il sauta sur la berge pour essayer de voir où elle était allée.
Il l’aperçut au loin, légère et trottinante, et l’entendit chantonner, mais elle était déjà trop loin pour qu’il puisse la suivre.
Ah! si seulement il était toujours le garçon d’autrefois!
Il n’aurait pas mis bien longtemps pour la rattraper, il ne l’aurait même pas laissée partir.
Il lui aurait parlé comme il savait si bien le faire, avec ses mots à lui, si doux, si enjôleurs, si câlins qu’aucune des filles qu’il avait courtisées n’y avaient jamais résisté.

Mais à présent que voulez-vous qu’il fît?
La tête basse, il plongea dans la mare, coassa un petit peu, c’était sa façon à lui d’exprimer sa peine, et, se cachant sous une feuille, le museau hors de l’eau quand même, il s’endormit, tout en poussant de temps à autres, de gros soupirs déchirants.
(Qui n’a jamais entendu les gros soupirs déchirants d’une grenouille amoureuse ne sait pas ce que c’est qu’un gros soupir déchirant.)

La nuit bien sûr, ne fut pas bonne.
Il fit des cauchemars, il rêva que sa dulcinée tombait dans la mare, ne savait pas nager et se noyait parce qu’il n’avait pas pu l’aider.
Il tremblait de désespoir; c’est sûr, il devait avoir de la fièvre.
Mais comme il était dans l’eau, que c’était un animal à sang froid, ça n’était pas très grave.
La nuit s’acheva enfin.
Le jour revint, et notre grenouille, assis sur sa feuille, commença à attendre son bel amour.
La matinée passa, sans qu’il se préoccupât de manger.
Pourtant, pour tenir le coup, il aurait dû manger beaucoup, mais il ne sentait pas la faim.
Sa faim, c’était elle seule qui pouvait la satisfaire.
De temps en temps seulement, il plongeait quelques secondes pour ne pas se dessécher sur place, mais c’était tout ce qu’il était capable de faire.

Et puis, vers dix sept heures, il entendit au loin, un chant mélodieux.
Enfin, pas si mélodieux que ça, quelques couacs se glissaient dans la mélodie, mais comme il était tellement amoureux, elle aurait pu massacrer la Traviata, il ne s’en serait même pas aperçu.

C’était elle!
Il le savait, ça ne pouvait être qu’elle, il reconnaissait sa voix enchanteresse, et ses gracieux petits pas de danse sur la douce mousse.
Elle sautillait divinement bien, avec une légèreté, une grâce qui n’appartenaient qu’à elle.

Il se hissa sur les bords de la mare, mais en se dissimulant pour ne pas risquer d’être écrasé par les pieds mignons de sa bien aimée.
Elle arriva près de la mare, légère comme une libellule (oups! mauvaise comparaison en ces circonstances, non?).
Légère comme un papillon, gaie comme un pinson, jolie comme une fleur, appétissante comme une brioche sortant du four.
Une déesse!
Bon, j’arrête ces superlatifs, trop c’est trop, vous finiriez par ne plus me croire.

Lui la regardait, de tous ses yeux (en fait il n’en n’avait que deux, comme tout le monde), amoureux transi, tremblant, une vraie loque batracienne.
Vous avez déjà vu une loque batracienne? Une grenouille amoureuse?
C’est pas joli joli, et je ne vous souhaite pas de vous trouver un jour devant ce triste spectacle.

La jeune fille s’assit dans l’herbe, et manqua de l’écraser.
Mauvais débuts pour une histoire d’amour.
Elle arrangea sa robe avec soin autour d’elle, se passa la main dans les cheveux, tapota la mousse pour vérifier s’il n’y avait rien de gênant, et s’allongea gracieusement en poussant un léger soupir de satisfaction… puuff !…

La grenouille la regardait intensément, avec un amour grandissant à chaque minute, et se sentait plus misérable qu’un vermisseau.
Comment faire savoir à son amour qu’il était fou d’elle, lui, si petit et minable amphibien?
Sans s’en apercevoir, les larmes coulaient de ses yeux mordorés, non pas des larmes de crocodile, mais des vraies larmes de grenouille morte d’amour.

Quelle tristesse!
Il regrettait le temps où il était un garçon, garnement peut-être, mais un humain, qui aurait pu faire la cour à cette belle adorée, mais il ne pouvait rien faire d’autre que de regretter, hélas!

Ses pensées tragiques lui arrachaient des pleurs qui auraient ému même un rocher.
Evidemment, il aurait fallut que le rocher puisse exprimer son émotion, et cette chose ne s’est pas vue souvent, en tout cas, je n’en n’ai jamais entendu parler.
Mais je m’égare.

A force de pleurer, de soupirer, de gémir, de geindre, la belle endormie l’entendit et ouvrit un œil.

Pendant qu’elle dormait, la grenouille, petit à petit, s’était approchée d’elle, tout près, tout près, et se trouvait, à l’instant précis où la paupière se souleva, devant cet œil encore ensommeillé.

Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, la demoiselle ne se leva pas d’un bond en hurlant: » Oh!!!!…. quelle horrrrreur!!!… une grrrrenouille!!!! »….

Non non, elle resta immobile, et regarda la grenouille en souriant un long moment.
Celle-ci, folle de joie devant cette attitude, il faut dire qu’elle ne s’attendait pas à se trouver nez à œil avec son amour sans que celle-ci ne l’écrase d’un geste de dégoût, lui faisait des yeux de crapaud mort d’amour, tout à fait ridicules.
Mais ni l’un l’autre ne s’en souciaient, et il est curieux de remarquer que, sans conteste, ils se plaisaient tous les deux.
Bizarre, non?

Que la grenouille soit amoureux, bon, on peut le comprendre.
Ses antécédents, malgré sa triste métamorphose, le poussaient davantage à tomber amoureux d’une belle jeune fille plutôt que d’une grenouille.
Mais la demoiselle?
Elle ne devait pas être complètement normale, non?
Faire les yeux doux à une grenouille?
J’y perd mon latin.
Enfin, l’amour a de ces bizarreries parfois, je ne cherche plus à comprendre.

Tous deux se regardaient.
Se regardaient.
Se faisant des minauderies.
Enfin, c’est plutôt la demoiselle qui en faisaient, parce que la grenouille se contentait de regarder la jeune fille, les yeux en soucoupe, en poussant de tout petits coâ coâ, extasiés.
C’était le maximum de ses possibilités, il faut le comprendre.
La jeune fille, tout à coup, se mit sur son séant, attrapa la grenouille, et avec une spontanéité qui surpris tous les spectateurs de cette scène, y compris moi, porta la grenouille à sa bouche, et… l’embrassa!

Un coup de tonnerre retentit aussitôt, et un gros nuage de fumée envahit le théâtre de cette scène, pour le moins ahurissante.
Cette fumée piquait les yeux, et ici et là, on entendit quelques toux et éternuements.
Moi-même…
Mais non, il me tarde de vous dire ce que, le nuage, une fois dissipé, nous révéla.

Il y avait toujours une grenouille sur le sol, mais à la place de la jeune fille, le jeune homme, abasourdi, étourdi, médusé, se tenait debout, les bras ballants, penché sur la grenouille et ne cessant de répéter: « Ça alors… et bien ça alors…! ».
Evidemment, il ne pouvait pas dire grand chose d’autre, le pauvre.
Que s’était-il donc passé?
Qu’était devenue la jeune fille?
Je ne vous ferait pas l’injure de croire que vous n’avez pas compris le drame qui venait de se dérouler là, sous mes yeux?

En fait, la belle jeune fille était une grenouille que le sorcier, un jour d’ennui, avait transformée en jeune fille!
Comme ça, sans même y penser.
Il faut dire que ça lui arrivait de plus en plus souvent de faire ce genre de chose.
Il vieillissait et ne contrôlait plus très bien ses pouvoirs, ce qui faisait que parfois, il n’était pas à l’abri de commettre une sottise.
Et c’était le cas.
Une grosse sottise quand même, car, comment réunir ces deux êtres amoureux et tellement malchanceux?

Le sorcier était bien embêté, mais il disait qu’il n’y pouvait plus rien.
Tout le village le supplia de faire quelque chose parce que, entre les pleurs et les cris à fendre l’âme du jeune homme, indéboulonnable de la berge, et les coassements pitoyables et lugubres de la grenouille (vous avez déjà entendu les coassements pitoyables et lugubres d’une grenouille?, non?, tant mieux, c’est insoutenable!), le village ne pouvait plus dormir.

Et puis, ces deux êtres dépérissaient à vue d’œil, car ni l’un ni l’autre ne se nourrissaient.
Leur vie était en jeu, il fallait d’urgence faire quelque chose.
Le sorcier, pressé d’agir par tous les habitants, se grattait les quelques cheveux qui lui restaient sur la tête, se promenant de long en large autour de la mare.
Il consultait constamment ses vieux grimoires, mais ne semblait pas trouver une solution.
En fait, il n’en menait pas large, toute sa réputation était en jeu.

Finalement, il prit une décision.
Il alla chercher sa zapette magique.
Les villageois retinrent leur souffle.
Le sorcier dirigea sa zapette vers le jeune homme, murmura une incantation magique et….
le jeune homme disparut, et à sa place…. hélas, trois fois hélas!…
A la place de l’amoureux transi, une magnifique agrion prit son envol et vint se poser près de la grenouille.
Qui la goba!

Un cri d’horreur retentit dans le village, et les habitants, fous de rage, poursuivirent le sorcier en le bourrant de coups de pieds, de pierre et de bâton, jusqu’à ce qu’il fut hors de vue du village.
Et il ne l’avait pas volé, non?
Ainsi finit la triste histoire de ce garnement qui n’avait tout de même pas mérité cette fin tragique.

Et la grenouille me direz-vous?
Vous savez, il n’y a rien qui ressemble plus à une grenouille verte qu’une autre grenouille verte, alors nous avons rapidement cessé de la distinguer parmi ses congénères.
Et c’est heureux parce que nous aurions été définitivement privés de cuisses de grenouilles, et vous avouerez ç’a aurait été dommage!

Pardon?
Comment?
Quelle morale?
Il n’y en n’a aucune.
Je vous ai simplement rapporté les événements dont j’ai été témoin.
C’est tout.

Ah! oui, je ne vous l’ai pas dit?
Aujourd’hui, c’est moi le sorcier du village.
Mais nous diront plutôt, le rebouteux.
Je ne change les gens, ni en grenouille, ni en rien d’autre, je me contente de les redresser quand ils sont cassés à cause d’un tour de rein ou d’une entorse.
Et ma zapette ne me sert qu’à changer les chaînes de ma télé.
Banal, hein?

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