Marie-Angélique Meister: « Déplacer les montagnes »

Dans ce blog il y-a quelques années, je vous avais raconté l’histoire de Joseph Meister, mon grand-père, premier homme vacciné contre la rage par Louis Pasteur.

Aujourd’hui, sous forme d’une lettre adressée à Louis Pasteur, je vous raconte la même histoire mais du point de vue de Marie-Angélique, sa maman, dont l’amour pour son enfant et sa ténacité à vouloir le sauver de cette mort affreuse qui le guettait, lui a fait vaincre tous les obstacles qui se dressaient devant elle, pour enfin réussir à trouver Louis Pasteur, le seul homme qui pouvait le sauver.  Et celui-ci le vaccina et le sauva.

Cette lettre est tirée d’un livre pour le bi-centernaire de Louis Pasteur, « Lettre à Loulou dit Pasteur » dans lequel 23 auteurs lui ont écrit une lettre, chacune sur des thèmes différents, qui ont été rassemblées par Daniel Raicwarg. Ce livre paraitra  aux éditions Thierry Marchaisse, qui sortira en librairie le 8 mars 2022.

Cher Monsieur Pasteur,

   J’espère ne pas vous choquer pour ce qui pourrait paraître de la familiarité, mais qui n’est au contraire que la marque de l’immense respect et de la gratitude encore plus grande que toute notre famille a envers vous aujourd’hui, et tant qu’il y aura un descendant Meister. 

   Je suis la maman de Joseph Meister, ce petit garçon alsacien qui avait été mordu par un chien enragé, et que je vous avais amené après bien des péripéties, d’Alsace à Paris. J’étais terriblement angoissée du sort horrible réservé à mon enfant, et je venais vers vous pour vous supplier de le sauver.

   Pendant les soins que vous avez prodigués à mon fils, je n’ai pas eu la possibilité de vous raconter les difficultés et les obstacles que nous avons dû surmonter pendant ce voyage d’une longue journée et demie pour arriver enfin jusqu’à vous. Si vous le permettez, je vais donc vous raconter ce voyage et les péripéties qui l’ont émaillé.

   Nous habitions à Steige où mon mari et moi-même étions boulangers. C’était le 4 juillet 1885 et Joseph avait neuf ans. Réveillé à 5 heures du matin par son père, il partit pour Maisonsgoutte, comme il le faisait tous les matins avant d’aller à l’école, pour chercher de la levure de bière liquide, et pour cela il portait une gamelle en fer-blanc. Il croisa le chien de Théodore Vonné, qu’il connaissait bien et dont il n’avait aucune raison de se méfier. Mais le chien ne se conduisait pas comme d’habitude, et sans doute excité par les éclats brillants de la gamelle, il s’est jeté sur lui et l’a mordu profondément à quatorze reprises. Joseph criait et n’arrivait pas à repousser le chien qui était très agressif et bien plus fort que lui. Ses cris ne semblaient pas intéresser les gens alentour, sauf un maçon qui se précipita avec une barre de fer et força le chien à lâcher prise, non sans difficultés vu l’état d’excitation de l’animal. Je n’ai malheureusement pas le nom de ce maçon en tête mais que grâces lui soient rendues parce que, sans lui, mon fils serait peut-être déjà mort avant que nous n’arrivions jusqu’à vous. Une fois réconforté, Joseph revint à pied à la maison tant bien que mal, ses blessures le faisant cruellement souffrir.

   Affolés en le voyant dans cet état et ne sachant que faire, son père et moi l’avons emmené voir le docteur Weber qui le soigna comme il put et lui fit des pansements, mais qui déclara ne pas pouvoir le guérir car il n’existait aucun traitement pour soigner cette maladie mortelle, la rage ! Et quand on sait comment cela se terminait pour les pauvres gens atteints, nous avions toutes les raisons du monde d’être terrifiés quant au sort de notre enfant si l’on ne trouvait pas rapidement une solution.

   Il nous conseilla d’aller voir à Paris un certain M. Louis Pasteur qui, à ce que l’on disait, faisait actuellement des travaux sur la rage.

   Paris! Comme c’était loin de notre village! Et comme le voyage allait nous coûter cher, nous qui n’étions pas riches et devions travailler dur pour vivre et élever nos enfants.

   Nous avons beaucoup discuté, mon mari et moi. Lui voulait y aller parce que, disait-il, « tu as tes douleurs et ce serait bien trop fatigant pour toi ». Et moi je lui répondais que j’étais bien incapable de faire du pain et qu’il fallait bien que la boulangerie reste ouverte si nous ne voulions pas avoir de graves soucis d’argent.

   Mon avis lui parut le plus raisonnable, et le lendemain matin, le 5 juillet, de bonne heure, Joseph et moi, nous montâmes dans le char à banc d’un de mes parents voiturier de son état, vers la gare de Saint-Dié pour prendre le train pour Paris, accompagnés par Théodore Vonné, inquiet pour lui-même également, car lui aussi avait été mordu par son chien qui cherchait toujours à mordre, même son maître. Le chien avait été abattu par les gendarmes, et autopsié. Dans son estomac on avait trouvé de la paille, du foin et des fragments de bois, preuve qu’il était vraiment enragé. Ce qui ne nous avait évidemment pas rassurés.

   Pour nous, provinciaux, Paris c’était le bout du monde, mais ce n’était pas l’inconnu. Nous y avions fait connaissance et nous y étions fréquentés, Antoine mon mari et moi, avant de nous marier un peu avant la guerre de 1870. Nous vivions au 42 rue de Torcy dans le 18e arrondissement et Joseph y est né, après les trois filles que nous avions déjà. Lorsqu’il a eu un an, nous sommes retournés dans mon village, Steige, où nous avons ouvert une boulangerie-pâtisserie, et où sont nés nos deux autres fils. Paris était bien grand et je n’en connaissais que peu d’endroits. Mais je ne me laissais pas impressionner car j’avais un but, et un seul, sauver mon enfant, et j’étais prête à affronter toutes les difficultés pour y parvenir. Et Dieu m’est témoin que j’en ai rencontré, des difficultés.

   Résumer en quelques mots ce voyage n’est pas facile. Nous mîmes à peu près deux heures pour arriver à la gare de Saint-Dié. Ce fut long et douloureux, pour Joseph surtout, car les cahots de la route ravivaient continuellement les douleurs de ses blessures, mais il ne se plaignait pas trop malgré tout. Je dois dire qu’il a été bien courageux pour son âge, mon petit Joseph. Nous attendîmes le train pour Nancy d’abord, et enfin, après un changement, nous arrivâmes à Paris, à la gare de l’Est, vers 23 heures. Nous nous rendîmes directement chez mon frère et nous y avons passé la nuit.

   Le lendemain, nous étions le 6 juillet, cela faisait déjà deux jours que Joseph avait été mordu et nous ne devions pas perdre de temps. Il fallait faire vite, très vite, mais nous ne nous doutions pas que nos démarches pour arriver jusqu’à vous allaient être si longues et si fatigantes, je dirais même désespérantes, à cause de la mauvaise volonté que beaucoup de gens mettraient à nous renseigner.

   Nous avons commencé très tôt le matin, avec mon frère qui était sergent de ville et qui nous a beaucoup aidés car il connaissait bien Paris. Nous sommes allés dans toutes les pharmacies que nous connaissions pour demander où l’on pouvait rencontrer M. Pasteur, mais personne ne le savait. On ne voulait pas nous donner de renseignements, certains même avançaient que c’était un charlatan et que nous ferions mieux de mener l’enfant à l’hôpital où il serait bien soigné (excusez-moi, monsieur Pasteur, je vous raconte les choses comme elles se sont passées, malheureusement). Nous savions en quoi consistait le traitement réservé aux enragés et pour rien au monde je n’aurais laissé mon fils dans un hôpital pour qu’on l’étouffe entre deux matelas.

   Mon frère me conseilla pourtant d’aller à l’Hôtel-Dieu, où des médecins, après avoir examiné Joseph, m’ont fait une ordonnance remplie de tout un tas de médicaments ! Cela m’a mise en colère et j’ai déchiré l’ordonnance en leur disant que je n’étais pas venue à Paris pour avoir des médicaments, mais pour rencontrer M. Pasteur. Je leur ai répété : « Dites-moi où je peux le trouver, c’est tout ce que je vous demande. » Ils me répondirent d’abord que M. Pasteur n’était pas à Paris. J’ai insisté : « Dites-moi où il est, j’irai jusqu’où il faudra pour qu’il guérisse mon petit ! » Avec beaucoup de mauvaise volonté, ils ont fini par me dire d’aller à l’hôpital Cochin où l’on me donnerait son adresse.

  Encore du chemin à faire, traverser la Seine, marcher, marcher encore, avec mon petit Joseph qui souffrait beaucoup, et moi, avec mes douleurs qui ne me lâchaient pas, mais il fallait coûte que coûte que nous arrivions à rencontrer M. Pasteur, et il fallait faire vite car chaque heure était une heure de trop, une heure qui pouvait être fatale à Joseph.

   Nous sommes enfin arrivés à l’hôpital Cochin, mais la porte était fermée. Alors j’ai frappé, sonné, jusqu’à ce que l’on nous ouvre. On m’a demandé ce que je voulais et j’ai dit que je voulais l’adresse de M. Pasteur et que c’était très urgent. On m’a répondu qu’il habitait au 45 rue d’Ulm. Enfin une adresse! Enfin l’espoir de rencontrer la personne qui sauverait mon fils, car je n’en doutais pas une seconde, il fallait que je trouve ce savant, et il sauverait mon Joseph !

   Il nous a fallu encore au moins une demi-heure pour parvenir jusqu’à vous. Tout cela nous avait pris finalement toute la matinée et c’est bien fatigués que nous arrivâmes enfin devant ce 45 rue d’Ulm, aux alentours de 13 heures. J’étais tellement heureuse d’avoir réussi à trouver ce M. Pasteur, et en même temps tellement inquiète que tout cela ne soit qu’un faux espoir, qu’une fois devant la porte je n’ai pas hésité et j’ai sonné, vite. Quand on nous a fait entrer, je me suis trouvée terriblement gênée parce que vous étiez à table avec votre famille !

  La suite vous la connaissez bien sûr, mais si vous le permettez, monsieur Pasteur, je voudrais tout de même vous la raconter, parce que, sans vous et sans votre médecine, cette histoire n’aurait pas de sens, et surtout n’aurait pas connu la fin heureuse qui a sauvé non seulement mon Joseph, mais également, par la suite, plein de gens qui ont eu à souffrir des mêmes problèmes. Je continue donc.

  Très gentiment, vous m’avez demandé ce qui nous amenait et je vous ai expliqué que Joseph avait été attaqué et mordu par un chien enragé. Je vous ai raconté toutes nos recherches avant de réussir à avoir votre adresse, et je vous ai demandé de sauver mon enfant puisqu’on disait que vous pouviez le faire car vous faisiez des expériences sur la rage depuis un moment.

  Vous m’avez écoutée avec attention, puis vous m’avez demandé si nous avions mangé. Non bien sûr, pas depuis ce matin, nous n’avions pas de temps à perdre pour ça !

   Alors vous nous avez installés dans la cuisine et vous nous avez fait servir un repas bienvenu, car nous étions, sans le savoir, affamés. Pendant toutes nos recherches nous n’avions pensé qu’à une chose : vous trouver ! Nous étions très émus et reconnaissants devant tant de gentillesses et d’attentions de la part d’un grand monsieur comme vous.

   Vous avez d’abord examiné Théodore Vonné, et constatant qu’il n’avait rien car son vêtement avait absorbé la bave du chien sans atteindre la plaie, vous l’avez renvoyé à Maisonsgoutte, et nous restâmes seuls, Joseph et moi. Puis, vous avez examiné Joseph. Vous étiez très ému de voir toutes ses plaies et avez été très doux avec lui, le rassurant comme vous le pouviez. Ce n’était qu’un petit garçon qui avait été affreusement mordu, qui souffrait et qui risquait sa vie. Vous étiez très perplexe et surtout très inquiet sur la décision que vous deviez prendre. Vous disiez que vous n’aviez jamais pratiqué vos essais sur l’homme, mais toujours sur des animaux, et que traiter un enfant était une énorme responsabilité que vous hésitiez à prendre.

   Devant vos hésitations, je me suis mise à genoux devant vous et je vous ai dit : « Mon enfant est perdu, il reste une chance de le sauver, je vous le confie et le remets entre les mains de Dieu. » Je savais que, sans vous, il était condamné et aurait fini par mourir après de terribles souffrances, il fallait tout tenter. J’ai appris, longtemps après, que le 1er juillet 1885, soit cinq jours avant notre venue, vous aviez renoncé à faire une communication sur vos essais sur la rage, parce que vous ne vous sentiez pas assez prêt. Quels tourments vous avez dû surmonter pour prendre votre décision! Je ne vous en suis que plus reconnaissante.

   Mes prières ont dû vous convaincre parce que vous avez contacté le docteur Vulpian et le docteur Grancher, avec qui vous travailliez. Ils arrivèrent peu après et examinèrent Joseph à leur tour. Ils conclurent qu’il avait effectivement contracté la rage et que son sort sans traitement étant inéluctable, il fallait donc essayer, et très vite.

   Vous avez discuté longtemps avec le docteur Roux qui était avec vous, et finalement vous avez pris la décision de tenter votre médecine sur Joseph, mais pour cela, vous avez décidé que nous devions, Joseph et moi, demeurer à Paris parce que le traitement serait long.

  Vous nous avez donc emmenés dans un magasin et vous avez acheté à notre intention deux couchettes, des draps, des couvertures et de quoi faire notre toilette, et vous et M. Roux, vous êtes sortis en portant tous les paquets. J’étais extrêmement gênée que deux messieurs savants comme vous se chargent de cela et je vous ai demandé très poliment de nous laisser, Joseph et moi, porter ces paquets. Mais vous avez refusé et je n’ai pu faire autrement que d’accepter, surtout que Joseph n’aurait sans doute pas été capable de porter quoi que ce soit, dans son état.

   Je me souviens que c’est rue Vauquelin, dans le laboratoire, que vous nous avez fait installer. Il y avait plein d’animaux destinés aux essais de laboratoire. Joseph aimait beaucoup les animaux mais il s’intéressait beaucoup plus aux panoplies de casques et de cuirasses qui ornaient la salle !

   Le traitement commença le soir même du 6 juillet car il ne fallait plus perdre de temps. Vous n’étiez pas médecin, monsieur Pasteur, vous ne pouviez donc pas administrer le traitement vous-même, ce fut donc le docteur Grancher qui s’en chargea et qui fit à Joseph toute la série des piqûres sous la peau du ventre. On m’a expliqué que c’était de la moelle infectée par la rage, d’abord faiblement, puis de plus en plus forte, pendant quinze jours… ou onze… oui, ce serait plutôt onze jours, et je crois que Joseph reçut treize injections jusqu’à la dernière qui contenait le virus vivant de la rage. Excusez-moi, monsieur Pasteur, j’étais tellement inquiète pour mon petit Joseph que je ne me souviens plus vraiment du nombre exact de piqûres. Tout ce dont je me souviens, c’est qu’au bout de tout ce temps qui nous a paru si long, Joseph était toujours vivant et en bonne santé. Nous avons dû attendre une dizaine de jours pour être certains que c’était une réussite totale.

   Mais si Joseph et moi nous portions bien, vous, monsieur Pasteur, vous étiez épuisé par l’attente et l’angoisse. Vous craigniez tellement que ça ne marche pas et que Joseph ne soit pas guéri que ça vous minait la santé. Pendant la série de piqûres, vous veniez souvent rendre visite à Joseph la nuit pour voir s’il n’avait pas de fièvre et si tout se passait comme vous le souhaitiez, mais en cours de traitement, brisé par l’émotion et les tourments que vous avait causés la venue de Joseph et ce qui avait suivi, vous avez dû quitter Paris pour vous reposer à Arbois avant la fin du traitement.

   Dieu merci, monsieur Pasteur, vous avez guéri et sauvé mon petit. Nous sommes donc repartis lui et moi, le 27 juillet, à la maison, à Steige, où mon mari et nos autres enfants nous attendaient dans une grande inquiétude. Et la vie pour nous a repris son cours normal.

  Comment vous remercier, monsieur Pasteur ? Comment vous remercier d’abord pour votre vaccin qui a sauvé mon fils, mais également pour votre gentillesse à son égard pendant le traitement, bien sûr, mais qui s’est prolongée bien après, car vous ne l’avez pas oublié et vous lui avez demandé de vous écrire tous les deux jours, de vous donner des nouvelles de sa santé et de son travail à l’école, l’incitant à être un élève attentionné, ce qu’il fit, et vous lui répondiez. Vous, un si grand savant !

   Il était très intimidé à l’idée de vous écrire et j’ai un petit aveu à vous faire. La première lettre c’est moi qui l’ai écrite, mais chut… il a écrit toutes les autres, et n’en était pas peu fier.

   Vous vous étiez pris d’un profond attachement pour Joseph et vous avez poursuivi une correspondance régulière, lui demandant des nouvelles de sa santé, jusqu’à ce qu’il soit adulte, marié et père de famille.

  Votre gentillesse et votre affection allaient jusqu’à lui envoyer des mandats pour payer le papier à lettres, les enveloppes et les timbres pour que nous ne soyons pas gênés financièrement par ces lettres qui pendant longtemps étaient mensuelles.

   Nous sommes des gens simples issus du peuple, pas du tout destinés à vivre une telle aventure, et encore moins préparés à connaître un savant tel que vous, monsieur Pasteur, mais cette délicatesse de votre part n’a fait que renforcer notre affection, et notre profond respect envers vous.

  En sauvant Joseph, vous avez changé notre vie et notre reconnaissance est infinie, au-delà de nous-mêmes, et nous transmettrons cette reconnaissance et ce respect à nos enfants, qui eux-mêmes les transmettront à leurs enfants, et ainsi de suite.

   Je ne doute pas que tous les autres « mordus » que vous avez sauvés après Joseph auront envers vous les mêmes sentiments et la même reconnaissance.

   Quant à Joseph, sans vouloir parler à sa place, je pense qu’il vous considère un peu comme son second père, puisqu’à votre tour vous lui avez donné la vie en le sauvant, et je suis certaine que ses enfants auront pour vous la même déférence, la même reconnaissance et, j’ose le dire, la même affection respectueuse qu’il saura leur transmettre.

   Un dernier mot si vous le permettez, monsieur Pasteur. Je pense que personne n’a osé vous le dire quand cet incident est arrivé, ou peut-être bien longtemps après, mais Joseph a été vacciné une seconde fois contre la rage.

  Il avait quatorze ans et il était venu auprès de vous à l’Institut Pasteur, pour apprendre le métier de laborantin. Comme tous les garçons de laboratoire qui débutaient, il s’occupait des animaux. Vous saviez combien Joseph les aimait et vous lui faisiez cadeau de tous les cobayes qui n’avaient pas attrapé la rage. Un jour, vous lui avez donné un cobaye qui avait été inoculé depuis vingt jours et qui semblait en très bonne santé, mais ce cobaye a mordu Joseph qui le dit à l’un de vos assistants. Celui-ci, très inquiet, lui demanda de ne rien vous dire, et n’étant pas certain que le vaccin était encore efficace, Joseph fut donc vacciné une seconde fois, à votre insu. Mais, alors qu’il avait très bien supporté la première vaccination, il réagit très violemment à la seconde avec beaucoup de température. Ne voulant pas vous inquiéter, il a continué son travail comme si de rien n’était.

Il se peut que les dates et les faits s’embrouillent un peu dans ma tête, mais je suis certaine que vous ne m’en tiendrez pas rigueur car je me souviens avant tout de votre bonté et de l’affection que vous avez portées à mon fils quand je vous l’ai amené, ce 6 juillet 1885, après ce qui lui était arrivé.

Je suis, cher monsieur Pasteur, votre très dévouée et très reconnaissante à jamais,

                                                                       Marie-Angélique Meister

Mijo Demouron

Daniel Raichvarg (sld)
Lettres à Loulou dit Pasteur
En librairie le 8 mars 2022

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32 réflexions sur « Marie-Angélique Meister: « Déplacer les montagnes » »

  1. un récit très émouvant , écrit avec la simplicité d’une maman qui aime profondément son enfant , et à n’en pas douter , ses autres enfants !!!!!
    merci mijo pour ce très beau texte !
    bises

  2. Merci Mijo pour ce magnifique témoignage sur l’histoire de ton grand-père Joseph et de sa maman Marie-Angélique « mère courage » et déterminée à tout pour le sauver.
    Tu rends un très bel hommage à Louis Pasteur.
    Ton récit est poignant, très bien écrit avec sincérité et simplicité.
    A Moi aujourd’hui de remercier Marie-Angélique et Louis Pasteur sans eux je n’aurais pas eu la joie de te rencontrer et de partager toutes ces années d’amitié (plus de 60 ans !!!!) Je t’embrasse tendrement. M.Thé.

    • Merci beaucoup Marie Thé, je dois aussi remercier mon arrière-grand mère et Louis Pasteur parce que sans eux je n’aurais pas vu le jour, et bien sûr, je ne serais pas ton amie depuis tout ce temps, et çà aurait été tellement dommage.
      Plein de gros bisous et toute mon affection,
      Mijo

  3. récit tres émouvant d une mère courage qui voulait sauver son enfant
    respect à ce grand monsieur qu est monsieur Pasteur ..
    comme quoi il faut faire confiance ..
    quelle belle lecon qui devrait s appliquer à tous ces incrédules actuels sur le vaccin qu on propose pour la covid…
    les vaccins sont fait pour sauver les humais ..
    bravo MIjo et Merci

  4. Merci Lili, mais la situation n’est pas aussi simple que tu sembles le croire, car chaque cas est particulier, et par là-même, valable, quel qu’il soit. Il ne faut pas juger, au risque de se tromper.
    Bisous et bonne soirée,
    Mijo

  5. Bravo Mijo pour ce témoignage poignant de cette incroyable histoire
    qui montre le courage et la détermination de Marie-Angélique pour sauver son fils à tout prix, et le courage de Joseph ce petit garçon qui devait souffrir le martyre et qui a supporté ce long périple et ce traitement dur .
    Tu nous offres un autre regard sur Louis Pasteur qui en plus d’être un savant était un grand homme, un homme de cœur, qui a sauvé, pris en amitié et suivi ce petit Joseph bien au delà des limites de sa fonction.
    Ton récit est bien plus émouvant que ce que j’ai lu il y a très longtemps dans mon livre d’histoire.
    Merci Mijo
    Gros bisous
    Bibi

  6. Merci Bibi,
    Je suis contente que tu aies apprécié l’histoire de Marie Angélique, son courage et sa détermination pour sauver son fils, envers et contre tous, en rencontrant enfin Monsieur Pasteur, ce grand savant si humain.
    Gros bisous Bibi, bonne soirée,
    Mijo

  7. je viens de lire ta lettre, elle est touchante et prodigieusement bien écrite, on sent vivement la gratitude et la reconnaissance de la maman de Joseph devant la simplicité de ce grand homme et sa générosité. Monsieur Sabin l’homme qui a inventé le vaccin contre la polyomiélite est mort dans l’anonymat alors que ne déposant pas de brevet, il a pu faire vacciner l’Afrique! nous sommes loin du compte aujourd’hui où l’ on voit des laboratores s’enrichir à milliards Bises Mireille

    • Merci Françoise pour ton commentaire et tes compliments qui me touchent. Les temps ne sont plus les mêmes, l’Argent, comme le Veau d’Or en son temps, dirige le Monde. Que peut-on y faire à notre petite échelle ?… Gros bisous et bon rétablissement.
      Mijo

  8. Bonjour Mijo. J’avais déjà lu l’histoire de Joseph (et je viens de la relire…), sur ton blog, c’était déjà très émouvant et impressionnant. Celle lettre de la maman l’est tout autant ! Que d’amour, que de force et de volonté pour cette « extraordinaire épopée » ! Et quelle belle histoire de famille en sus de celle de Louis Pasteur… Tu as vraiment l’Art de raconter aussi 🙂 J’espère que ce livre aura beaucoup de succès ! Amitiés, Nadine

    • Bonjour Nad,
      Merci d’avoir relu mon précédent récit et bien sûr, d’avoir lu cette lettre imaginaire que Marie-Angélique aurait pu écrire, cette maman courage. Et surtout, d’avoir été émue par elle. Ton com me touche énormément. Merci à toi.
      Amitiés,
      Mijo

  9. Un récit émouvant qui me fait penser que la vaccination est possible dans presque toutes les pharmamcies pour sauver des vies….
    Il a bien un réel progrès même si certain(e)s le refusent !
    Merci pour ce récit et merci à toi Mijo pour nous l’avoir fait connaitre.

  10. Bravo Mijo,
    J’ai pris grand plaisir à lire ce courrier si émouvant. Je connaissais l’histoire puisque tu m’avais fait le cadeau de me la raconter, il y a déjà plusieurs années. Je ne l’avais pas oubliée (comment le pourrait-on ?)
    Le respect et l’admiration de ton arrière-grand-mère pour le grand Pasteur sont palpables dans ton récit… Et comme « elle » l’écrit dans sa lettre, elle a réussi à vous les transmettre de génération en génération. Bises

    • Merci Cécile,
      Oui, mon arrière arrière grand-mère a transmis son admiration, mais surtout son immense reconnaissance pour Louis Pasteur, à ses enfants.
      Joseph, mon grand père, en a fait autant avec ses enfants, dont maman qui, à son tour m’a transmis cette reconnaissance en héritage.
      J’ai pris la suite et je suis heureuse aujourd’hui, d’avoir pu, grâce à ce livre, rendre à Marie Angélique, son véritable rôle dans cette histoire.
      Bises Cécile, et merci,
      Mijo

  11. Bonjour Mijo
    Je viens de lire avec intérêt, cette lettre émouvante d’une mère voulant sauver à tout prix son enfant.
    Durant cette lecture, j’ai découvert l’amour maternel, mais aussi paternel, car bien qu’il n’ait pas accompagné son épouse à Paris, le père l’a fait pour que le foyer continue à vivre.
    Grandes ont été les difficultés rencontrées par cette maman et son fils devant l’incompétence de gens dits « instruits ».
    Grand a été le courage de ce gamin qui a supporté la douleur sans jamais se plaindre.
    Courageux a été ce même gamin pour accepter le traitement qui n’a pas dû être facile à supporter.
    J’ai vu aussi que l’intelligence ne résidait pas seulement dans son savoir, mais aussi dans sa conduite personnelle et là, j’admire Pasteur. Il est resté l’homme de cœur en restant humain vis-à-vis du plus humble. Courageux, il l’a été en administrant un traitement dont on il n’était pas maître, il fallait oser. Subir ensuite l’inquiétude du résultat, il fallait pouvoir le vivre et en cela, il n’a pas hésité.
    À aucun moment, il ne s’est pris pour un pontife, mais est resté un homme simple, ce qui est une qualité rare chez des hommes d’intelligence supérieure.
    Il l’a encore prouvé en continuant après la guérison de l’enfant, à dialoguer avec lui durant longtemps.
    Finalement, c’es grâce à l’entêtement d’une maman, la conduite humaine d’un savant, qu’un enfant a été sauvé, qu’un vaccin a été créé et que la rage a été vaincue.
    Merci Mijo de m’avoir permis de lire cette lettre.
    Bises

    • Bonsoir Robert,
      C’est moi qui te remercie pour ce magnifique commentaire. Tu as tout compris et j’en suis très heureuse.
      Je n’ai donc plus rien à dire que: Un grand merci Robert.
      Bises,
      Mijo

  12. Bonsoir Mijo,
    Quelle belle idée originale que cette lettre fictive au grand savant. ce texte exprime à la fois le désarroi et la tenacité de ton arrière grand’mère Marie-Angélique Meister
    devant l’adversité. même si elle connaissait déjà Paris, cela n’enlève en rien à son mérite d’avoir eu le courage d’entreprendre ce voyage avec son enfant malade dans les circonstances décrites. Cette dame force vraiment notre admiration.
    Bisous et merci Mijo pour ce partage
    Monique et Paul

    • Bonsoir Monique et Paul,
      Je suis heureuse d’avoir eu l’opportunité de faire connaitre le courage de mon arrière grand-mère qui a tenu un rôle primordial dans la vie de son fils Joseph, rôle qui malheureusement, a été oublié dans l’histoire du vaccin contre la rage.
      Merci à vous deux,
      Bisous,
      Mijo

  13. Bonsoir Mijo,
    Donc tu fais partie des descendants des ‘mordus’ de Pasteur. Le double sens du mot est ici tragique puis comique.
    Merci pour la ‘petite’ histoire qui est oubliée au profit de la ‘grande et officielle’.
    Amitiés. Frédéric

    • Bonjour Frederic,
      Merci de ton passage, et de ton commentaire très pertinent. On peut dire que Marie Angélique avait la « rage au coeur » à l’idée que son enfant pouvait mourir de cette horrible maladie. Son rôle « essentiel » dans cette histoire est enfin reconnu, et je suis heureuse d’avoir participé à cette « réhabilitation » .
      Amitiés,
      Mijo

  14. Merci et bravo Mijo pour ce beau texte et touchant témoignage. Lorsqu’ un être humain allie intelligence, générosité, empathie et simplicité, on ne peut être qu’ en totale admiration et reconnaissance …..pour vous MONSIEUR PASTEUR.
    Et bravo aussi devant le courage et la ténacité de ta parente qui a sauvé son enfant !
    Bien à toi
    Christiane

  15. Texte émouvant alliant simplicité, empathie, générosité.Merci Mr Pasteur d’avoir guéri des millions d’êtres humains de la rage en ayant osé un soir franchir le pas de l’inconnu et de ces conséquences. Vous êtes resté humble et humaniste tout au long de votre vie.
    Bravo à toi Mijo de nous avoir faire vivre un instant émouvant de ta vie.
    Amitiés
    Sylvie

  16. Je reviens de loin après la lecture de cette correspondance émouvante c’est comme si j’avais fait le voyage avec cette brave dame qui a tout fait pour sauver son petit Joseph
    Je retiens ceci de Mr Louis Pasteur :… « puis vous m’avez demandé si nous avions mangé » sans compter l’achat couchettes, des draps, des couvertures et de quoi faire notre toilette
    Que dire, quoi dire: c’étaient des hommes hors du commun au contraire des médecins d »aujourd’hui
    Je pense que ce récit doit être lu par tous les gens de la santé
    Merci Mr Louis Pasteur pour tout le bien que vous avez apporté à l’humanité
    Pensée aussi à ce brave maçon qui est venu au secours du petit Joseph

    Merci Mijo pour cette bouleversante histoire

  17. Merci pour les détails de ce beau témoignage.
    Courage titanesque d’une mère désemparée ; mais qu’il fait bon de rappeler que les vaccins sauvent des vies et que le bénéfice-risque n’est plus rien quand la maladie ou la mort est à votre porte et qu’il faut protéger ceux que nous aimons.
    SVP. Savez-vous ce qu’est devenu l’épicier de Maisonsgoutte 67220 M. Théodore Vonné.
    Bien à vous

    • Bonjour Monsieur,
      Je vous remercie pour votre passage et pour votre commentaire;

      Pour répondre à votre question sur Théodore Vonney, il est retourné dans son village, Maisongouttes et il a, comme tous les protagonistes de cette histoire, repris le courant de sa vie, qui a été longue. Je suis désolée, mais je n’ai malheureusement pas d’autres renseignements à son sujet.
      Cordialement,
      Mijo

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